Le Raku

Les origines du Raku

« Le bonheur est dans le hasard »

Voilà ce que signifie cet idéogramme qui, d’emblée, plonge les racines de cet art céramique dans la philosophie zen. La joie, le hasard, à la croisée desquels naît la surprise et cette faculté vive de l’esprit qui nous maintient en éveil: l’étonnement.

Idéogramme

« Raku »

Il existe une jubilation dans l’abandon de la maîtrise, dans le renoncement à vouloir tout contrôler : le lâcher prise et l’acceptation sont à la base de la philosophie zen. Ne pas faire obstacle par sa volonté aux événements mais se laisser traverser, accepter la réalité telle qu’elle est, être simplement. Il faut apprendre, par le raku, à laisser se faire cette rencontre ancestrale de la terre et du feu qui chaque fois invente de nouveaux chemins, chaque fois se concrétise en une forme unique. L’esprit du potier est ainsi proche de celui de l’enfant, le jeu produit l’émerveillement, dans une innocence toujours renouvelée.

L’histoire raconte que l’origine du raku proviendrait de la rencontre, dans le Japon du XVIème siècle, du modeste potier, Chojiro, et du lettré, grand Maître du Thé, Rikyu, celui même qui avait élaboré les règles de la cérémonie du Thé. Le maître lui commanda une série de bols dont la beauté brute et asymétrique fut vantée jusqu’à la cour de l’Empereur. Emerveillé, ce dernier accorda au potier et à ses descendants l’honneur de signer leurs œuvres du sceau portant l’idéogramme « RAKU », évoquant « le plaisir, la jouissance spirituelle »

Le maître zen trouva dans les formes simples et rustiques du potier, une expression plastique de la pensée zen. Le bol, objet rituel central de la cérémonie du thé, évoquait par la pureté de ses lignes et la sobriété de ses formes, l’harmonie de la nature. Les poteries montraient un certain dépouillement permettant d’aller à l’essentiel et semblaient porter la marque de l’usure du temps. L’objet, comme venu du fond des âges, nous livre une histoire voire une préhistoire tellurique qui, au moment de la cérémonie, nous connecte à ce qui nous précède et nous dépasse.

“ En toutes choses, quelles qu’elles soient, la finition de chaque détail n’est guère souhaitable: seul ce qui est inachevé retient l’attention”

 Le livre du thé, Okakura Kakuzô.

 

 

La céramique “Raku” est principalement basée sur la beauté de l’imperfection, le charme de l’irrégularité, le geste inachevé, en train de se faire. Il y a une sorte de brutalité dans la rencontre des énergies primitives : la terre, le feu et l’eau s’unissent pour donner vie à une pièce unique, imparfaite, comme la cristallisation d’une énergie en mouvement : on ne peut répéter ce geste créateur qui est l’exploration même.

La spontanéité et le caractère imprévisible des résultats sont l’esprit même du raku. Il y a une part d’improvisation, nous ne pouvons pas maîtriser absolument les différents paramètres : une cuisson varie selon les températures extérieures, la pression atmosphérique, le vent, l’épaisseur des parois de l’objet, la terre utilisée. Les craquelures apparaissent de manière au moins en partie aléatoire nous laissant stupéfaits devant cette écriture hiéroglyphique.

 

La technique du RAKU

C’est avant tout un procédé de cuisson basé sur un choc thermique important, qui va dessiner sur les pièces ces craquelures noires si typiques du raku.

La pièce en raku est façonnée avec une argile spéciale, le plus souvent terre à raku, à laquelle on incorpore de la chamotte (grains de céramique pilés), car cette pièce doit résister à de forts écarts de température sans se fissurer.

La pièce est d’abord cuite une première fois dans un four traditionnel (gaz ou électrique) en respectant un temps de refroidissement assez long. La pièce est dite « biscuitée », elle va ensuite être émaillée c’est-à-dire recouverte d’une glaçure composée d’un mélange de fritte et d’oxydes métalliques, qui va permettre le processus de vitrification lors d’un second enfournement.

Pièces biscuitées: ici le grès de St Amand apparaît de couleur rose, recouvert d’émaux de différentes couleurs

C’est alors qu’elle va subir la seconde cuisson Raku proprement dite : le four (au gaz ou à bois) est monté en température très rapidement, et lorsqu’il atteint environ 960°C, la pièce est sortie encore incandescente. Elle subit alors un puissant choc thermique : l’émail est en fusion lorsqu’il est mis au contact de l’air ambiant et refroidi par des projections d’eau directement sur les pièces. On entend la pièce qui chante, l’émail qui les recouvre va craqueler de façon aléatoire, en fonction de la température, de l’épaisseur et de la composition chimique de l’émail.

Les pièces sont encore incandescentes à leur sortie du four

Enfin, la pièce va subir une opération d’enfumage : on la recouvre de matières inflammables naturelles (comme de la sciure de bois, des copeaux ou encore du papier). Sous l’effet de la chaleur, les copeaux s’enflamment et brûlent en noircissant à cœur les zones non émaillées. Et c’est ce noir de carbone qui, s’incrustant dans les craquelures de l’émail, va faire vieillir la pièce de mille ans en quelques secondes, transformant parfois un simple bol en une merveille archéologique. Les émaux contenant des oxydes (cuivre, fer) ou nitrates vont alors s’iriser de différentes couleurs et de reflets métalliques.

Pour finir, la pièce est plongée dans une bassine d’eau: nouveau choc thermique qui permet de stabiliser les effets et d’accélérer le refroidissement de la pièce qui sera ensuite nettoyée avec une éponge afin d’enlever les résidus de suie et de cendre. La multitude des paramètres mis en jeu permet d’obtenir des résultats variant à l’infini, un cuisson raku est toujours le lieu de fortes émotions et de grandes surprises, heureuses parfois, d’autres moins… Mais quoiqu’il en soit l’aventure est belle et la pièce réalisée de cette façon possède un caractère absolument unique et non reproductible.

Enfumage en sortie de four

 

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